STATUTS & RÉDACTION 12.08.26 · 8 MIN

Statuts mis à jour après changement d'objet social : mode d'emploi 2026

Comment mettre à jour vos statuts après un changement d'objet social ? Procédure complète, pièces requises, délais et pièges à éviter en 2026.

Sommaire — 6 parties
L'ESSENTIEL EN TROIS LIGNES
01 Modifier l'objet social implique obligatoirement de réécrire l'article 'Objet' des statuts : il ne suffit pas de voter la décision.
02 Les nouveaux statuts signés doivent être déposés au greffe via le guichet unique INPI dans le mois suivant la décision d'AGE ou de l'associé unique.
03 Le SIREN ne change pas, mais le code APE/NAF peut être mis à jour par l'INSEE selon la nouvelle activité principale.

Modifier l’objet social d’une société ne se limite pas à voter une résolution en assemblée. Les statuts doivent être physiquement réécrits, signés, publiés dans un journal d’annonces légales, puis déposés au greffe via le guichet unique INPI. Sans cette mise à jour formelle, la société exerce hors objet et s’expose à des risques juridiques et fiscaux sérieux.

Pourquoi la mise à jour des statuts est une obligation légale, pas une formalité optionnelle

L’objet social n’est pas une simple description commerciale que l’on peut afficher sur son site internet sans autre contrainte. C’est une mention statutaire obligatoire, imposée à la fois par article 1835 du Code civil et par article L210-2 du Code de commerce. Ces textes sont clairs : toute société commerciale doit mentionner son objet dans ses statuts. Le modifier suppose donc une modification statutaire en bonne et due forme.

Prenons l’exemple de Karim, gérant de la SARL “Bati’Sud”. Sa société a pour objet statutaire la maçonnerie et les travaux de gros œuvre. Depuis plusieurs mois, il conduit également des opérations de promotion immobilière : achat de terrains, montage de permis, revente de logements. Concrètement, il facture cette activité, signe des promesses de vente, engage des sous-traitants. Pourtant, ses statuts n’ont pas bougé. En pratique, il exerce hors objet social depuis le premier jour.

Ce n’est pas une question de tolérance ou de délai de grâce. Exercer hors objet social expose la société à la nullité des actes accomplis hors de son objet et engage la responsabilité personnelle du gérant. Sur le plan fiscal, si l’activité de promotion représente un changement total d’objet (et non une simple extension), l’administration fiscale peut invoquer article 221 du Code général des impôts et traiter l’opération comme une cessation d’entreprise, avec imposition immédiate de tous les bénéfices latents. La distinction entre extension d’objet et changement total n’est pas qu’une subtilité académique : elle a des conséquences fiscales concrètes et potentiellement très coûteuses.

⚠️ Piège fréquent : de nombreux dirigeants pensent qu’il suffit de voter la modification en AGE pour être en règle. La résolution est une condition nécessaire, mais pas suffisante. Tant que les statuts mis à jour ne sont pas signés, publiés et déposés au greffe, la modification n’est pas opposable aux tiers.

Ce que signifie concrètement « mettre à jour les statuts »

Mettre à jour les statuts, c’est intervenir directement sur le document contractuel qui lie les associés et définit le cadre d’action de la société. Concrètement, cela implique trois opérations distinctes :

1. Réécrire l’article « Objet » des statuts

Les statuts comportent un article spécifiquement intitulé “Objet social” (parfois “Objet” ou “But de la société”). C’est cet article qu’il faut modifier. La nouvelle rédaction doit être précise, car elle délimite les pouvoirs des dirigeants et la responsabilité de la société. Une formulation trop restrictive peut bloquer une activité future ; une formulation trop vague peut poser problème lors d’une demande d’autorisation professionnelle ou d’un contrôle fiscal.

Notre service génère pour vous un modèle pré-rempli de l’article modifié, à partir des informations que vous renseignez en ligne — le client reste l’auteur et le signataire de ses statuts.

2. Faire adopter les statuts mis à jour par l’organe compétent

La décision de modifier les statuts est prise selon des règles propres à chaque forme sociale :

Forme socialeOrgane compétentRègle de majorité / unanimité
SARLAssemblée générale extraordinairedeux tiers des parts des associés présents ou représentés — article L223-30 du Code de commerce
EURLDécision de l’associé uniqueDécision unilatérale — article L223-31 du Code de commerce
SASOrgane prévu par les statutsMajorité fixée par les statuts — article L227-9 du Code de commerce
SASUDécision de l’associé uniqueDécision unilatérale — article L227-9 du Code de commerce
SAAssemblée générale extraordinairedeux tiers des voix des actionnaires présents ou représentés — article L225-96 du Code de commerce
SCIAssemblée des associésUnanimité sauf clause contraire — article 1836 du Code civil

En SARL, l’AGE doit être convoquée au moins quinze jours au moins avant l'assemblée. Le procès-verbal (PV) de la décision constitue la pièce maîtresse du dossier : il doit mentionner explicitement l’ancienne formulation de l’objet, la nouvelle formulation adoptée, la date et la majorité obtenue.

3. Signer les statuts mis à jour

Une fois la décision adoptée, les statuts sont édités dans leur version consolidée (tous les articles, y compris l’article modifié) et signés par le ou les représentants légaux. Ce document signé est la pièce jointe principale du dossier de dépôt.

La procédure de mise à jour : de la décision au Kbis actualisé

Une fois les statuts mis à jour signés, la procédure suit un chemin balisé. Pour approfondir chaque étape, consultez notre guide complet sur le changement d’objet social.

Étape 1 — Publication d’une annonce légale

Toute modification de l’objet social doit faire l’objet d’une publication dans un support habilité à recevoir les annonces légales du département du siège social (loi n° 55-4 du 4 janvier 1955). Le tarif est forfaitaire et fixé chaque année par arrêté ministériel [À VÉRIFIER : montant en vigueur au moment de votre démarche].

L’attestation de parution est délivrée par le journal et constitue une pièce obligatoire du dossier. Pour les sociétés dont le siège est en Île-de-France, consultez notre guide pratique sur l’annonce légale changement d’objet Paris 2026. Pour les sociétés situées en région, des guides spécifiques sont disponibles pour Bordeaux, Lyon, Marseille et Lille.

Étape 2 — Dépôt de l’inscription modificative via le guichet unique INPI

Depuis la réforme du guichet unique, toutes les formalités modificatives au Registre du Commerce et des Sociétés (RCS) passent par le portail de l’INPI (article R123-66 du Code de commerce). Le dossier à déposer comprend :

  • le formulaire de modification en ligne (M2 dématérialisé),
  • les statuts mis à jour, signés,
  • le PV de l’AGE ou la décision de l’associé unique,
  • l’attestation de parution de l’annonce légale,
  • le cas échéant, les justificatifs d’autorisation pour les activités réglementées.

Ce dépôt doit intervenir dans le mois suivant la décision (dans le mois suivant la décision). Un dossier complet est traité en quelques jours ouvrés pour un dossier complet.

Étape 3 — Mise à jour du Kbis et du code APE/NAF

Une fois l’inscription modificative validée par le greffe, le Kbis est mis à jour et mentionne le nouvel objet social. Le numéro SIREN ne change pas (article L210-6 du Code de commerce). En revanche, si la nouvelle activité devient l’activité principale, l’INSEE peut être amenée à modifier le code APE/NAF de la société. Cette mise à jour est effectuée par l’INSEE à sa propre initiative ou sur demande, indépendamment de la procédure de greffe.

📌 À noter : le code APE/NAF a une incidence sur la classification conventionnelle applicable aux salariés, sur certaines aides sectorielles et sur les statistiques de l’entreprise. Si votre nouvelle activité est très différente de l’ancienne, anticipez ce changement de code lors de votre déclaration.

Les situations particulières qui compliquent la mise à jour

Activités réglementées : l’autorisation avant la modification

Certaines activités ne peuvent pas être simplement ajoutées à l’objet social par une décision interne. Elles nécessitent une autorisation, une carte professionnelle ou une qualification préalable. Karim, dans notre exemple, ne peut pas se contenter d’élargir son objet à la promotion immobilière : la transaction immobilière exige carte professionnelle « Transactions sur immeubles et fonds de commerce » (carte T), loi Hoguet n° 70-9 du 2 janvier 1970, délivrée par la CCI. Sans cette carte, modifier l’objet ne change rien à l’illégalité de l’exercice.

D’autres exemples courants :

  • le transport routier de marchandises ou de voyageurs (inscription au registre des transporteurs et licence auprès de la DREAL),
  • la formation professionnelle (déclaration d'activité auprès de la DREETS),
  • les activités financières (agrément ou contrôle ACPR ou AMF selon l'activité).

Dans ces cas, l’ordre des opérations est inversé : obtenir l’autorisation d’abord, modifier l’objet ensuite. Ou, au minimum, conduire les deux démarches en parallèle.

Changement total vs extension : l’enjeu fiscal décisif

La distinction entre une simple extension d’objet (on ajoute une activité à côté de l’existante) et un changement total d’objet (on substitue une activité à l’ancienne) est fondamentale. Un changement total peut être assimilé à une cessation d’entreprise au sens de article 221 du Code général des impôts, entraînant l’imposition immédiate des bénéfices non encore taxés, des plus-values latentes et des provisions. Cette conséquence fiscale peut être considérable.

Si vous avez le moindre doute sur la qualification de votre situation, consultez un conseil avant de déposer votre dossier. Pour une approche détaillée de la procédure d’ajout d’activité, voyez notre article sur l’ajout d’une activité à l’objet social.

Statuts anciens, formulation trop restrictive

Certaines sociétés ont des statuts rédigés il y a dix ou quinze ans, avec une clause d’objet extrêmement précise et limitative. Lors de la mise à jour, c’est l’occasion de moderniser la rédaction : prévoir une clause générale permettant “toutes opérations commerciales, industrielles ou financières se rattachant directement ou indirectement à l’objet principal” réduit le risque d’exercer hors objet à l’avenir. Cette formulation est courante et recommandée, à condition qu’elle reste cohérente avec l’activité réelle.

Ce que vous recevez et ce que vous devez vérifier

Notre service produit, à partir de vos informations :

  • un modèle pré-rempli de l’article “Objet” modifié, à intégrer dans vos statuts,
  • un modèle pré-rempli de PV d’AGE ou de décision de l’associé unique, à compléter et signer,
  • le formulaire de modification dématérialisé, prêt pour le dépôt,
  • la publication de l’annonce légale dans le département du siège, avec attestation de parution dès J+1.

Ce que vous devez vérifier avant de signer :

  • la nouvelle formulation de l’objet correspond exactement à votre activité réelle,
  • vous disposez bien des autorisations requises si l’activité est réglementée,
  • la décision a été prise selon les règles de majorité propres à votre forme sociale,
  • la date de la décision est correcte (elle déclenche le délai d’un mois pour le dépôt).

💡 Une question sur votre situation ? Contactez-nous via notre formulaire avant de démarrer votre dossier. Nous vous indiquons si votre cas relève d’une simple extension ou d’un changement total, et si des autorisations préalables sont nécessaires.


FAQ — Statuts mis à jour après changement d’objet social

Peut-on modifier l’objet social sans passer par un notaire ? Oui, dans la très grande majorité des cas. La modification de l’objet social d’une SARL, SAS, SASU ou EURL ne requiert pas d’acte notarié. Les statuts sont un acte sous seing privé. Une SCI peut également procéder sous seing privé, sauf si ses statuts ont été établis par acte notarié, auquel cas la modification doit l’être aussi.

Combien de temps après la décision peut-on démarrer la nouvelle activité ? Techniquement, rien n’interdit de démarrer dès la décision adoptée et les statuts signés. Mais la modification n’est opposable aux tiers qu’après publication de l’annonce légale et inscription au RCS. Pour toute facturation ou engagement contractuel au titre de la nouvelle activité, attendez au minimum l’attestation de parution de l’annonce légale — et idéalement le Kbis mis à jour.

Les anciens statuts doivent-ils être détruits ou conservés ? Les versions antérieures des statuts doivent être conservées, avec le PV qui a décidé chaque modification. Ces documents constituent la “chaîne” de l’historique statutaire. En cas de contrôle fiscal ou de litige, ils prouvent la date effective de chaque modification.


Article rédigé par Marie Gattepaille, dirigeante de Legidesk.fr, praticienne en conformité et formalités pour professions réglementées. Mis à jour le 4 août 2026.

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