PROCÉDURE & FORMALITÉS 22.06.26 · 8 MIN

Changement d'objet social : quel organe décide ?

Qui peut valablement décider d'un changement d'objet social ? AGE, associé unique, gérant : tout sur l'organe compétent pour éviter la nullité en 2026.

Sommaire — 7 parties
L'ESSENTIEL EN TROIS LIGNES
01 Le changement d'objet social est une modification statutaire : seul l'organe habilité à modifier les statuts peut valablement la décider.
02 En SARL, SAS, SA ou SCI, les règles de compétence et de majorité varient : une décision prise par le mauvais organe (ex. le gérant seul) est exposée à la nullité.
03 La formalité comprend un PV, la réécriture des statuts, une annonce légale et une inscription modificative au RCS via le guichet unique INPI.

Modifier l’objet social d’une société, c’est modifier ses statuts. Or, tout associé ou dirigeant ne peut pas en décider seul. La compétence appartient à un organe précis, défini par la loi ou les statuts selon la forme juridique. Une décision prise par le mauvais organe expose la société à une nullité de l’acte modificatif.

Pourquoi l’organe décisionnaire est une question centrale

L’objet social est une mention obligatoire des statuts, imposée par l’article 1835 du Code civil et par l’article L210-2 du Code de commerce pour les sociétés commerciales. Il décrit l’activité que la société est autorisée à exercer. Changer cet objet, c’est donc réécrire une clause statutaire fondamentale.

Cette nature statutaire a une conséquence directe : seul l’organe habilité à modifier les statuts peut décider du changement d’objet. Ce n’est ni le dirigeant dans l’exercice de ses pouvoirs habituels, ni le conseil d’administration dans son rôle de gestion courante. La compétence est réservée aux associés, réunis selon des règles de quorum et de majorité qui varient d’une forme juridique à l’autre.

Négliger cette règle est l’erreur la plus fréquente. Un gérant de SARL qui rédige seul un avenant aux statuts pour élargir l’objet, un président de SAS qui signe un procès-verbal sans habilitation statutaire expresse : ces situations mettent en péril la validité juridique de la modification et, par ricochet, de tous les actes accomplis sous ce nouvel objet.

Prenons un exemple. Karim dirige la SARL « Bati’Sud » (exemple illustratif), une entreprise de maçonnerie qui veut étendre son objet à la promotion immobilière. En tant que gérant, il pourrait être tenté de simplement « mettre à jour » la clause d’objet et de filer au greffe. C’est précisément l’erreur : élargir l’objet social de sa SARL exige une décision des associés réunis en assemblée générale extraordinaire (AGE), pas une initiative du seul gérant. Tant que cette AGE n’a pas voté la nouvelle clause dans les formes, la modification n’a aucune valeur — et le piège classique du praticien guette : croire qu’on peut commencer à facturer de la promotion immobilière dès que les statuts sont « réécrits » dans un coin, sans décision régulière des associés ni publicité.

⚠️ Attention : Une modification statutaire décidée par un organe incompétent est susceptible d’être annulée en justice. Avant tout dépôt au guichet unique INPI, vérifiez toujours que le PV émane de l’organe compétent.

Tableau récapitulatif par forme juridique

Forme juridiqueOrgane compétentRègle de majorité / quorumBase légale
SARLAssemblée des associés (décision collective extraordinaire)Deux tiers des parts détenues par les associés présents ou représentés (sociétés constituées après le 4 août 2005), trois quarts des parts avant cette dateArt. L223-30 C. com.
EURLDécision de l’associé uniqueDécision unilatérale consignée dans un registreArt. L223-31 C. com.
SASOrgane désigné par les statuts (collectivité des associés par défaut)Majorité fixée par les statutsArt. L227-9 C. com.
SASUDécision de l’associé uniqueDécision unilatérale consignée dans un registreArt. L227-9 C. com.
SAAssemblée générale extraordinaire (AGE)Deux tiers des voix des actionnaires présents ou représentésArt. L225-96 C. com.
SCIAssemblée des associésUnanimité (sauf clause contraire)Art. 1836 C. civ.
SNCAssemblée des associésUnanimité (sauf clause contraire)Art. L221-6 C. com.

Ce tableau couvre les cas les plus courants. Vos statuts peuvent prévoir des règles plus strictes : lisez-les attentivement avant de convoquer.

SARL et EURL : les règles strictes de l’article L223-30

En SARL, la modification des statuts est décidée par les associés réunis en assemblée, à la majorité fixée par l’article L223-30 du Code de commerce. Pour les sociétés constituées après le 4 août 2005, cette majorité est celle des deux tiers des parts détenues par les associés présents ou représentés, avec un quorum du quart des parts sur première convocation puis du cinquième sur deuxième convocation ; pour les sociétés constituées avant cette date, la majorité requise est celle des trois quarts des parts sociales. Les statuts peuvent prévoir une majorité plus élevée, jamais inférieure.

Ce que le gérant ne peut pas faire : modifier seul la clause d’objet, même si les associés lui ont délégué de larges pouvoirs de gestion. La délégation de signature ne vaut pas délégation pour les décisions modificatives des statuts. Seule une assemblée générale extraordinaire — ou, pour l’EURL, une décision formalisée par l’associé unique — peut légalement agir.

Pour l’EURL, la décision de l’associé unique doit être consignée par écrit dans le registre des décisions. Elle a la même force qu’une résolution d’AGE. Nous détaillons les règles de majorité et de convocation propres à cette forme dans notre article sur qui décide du changement d’objet social d’une SARL.

📌 À retenir : En SARL, la convocation de l’assemblée, le respect du délai de convocation et l’envoi des documents préparatoires aux associés font partie des conditions de validité. Un vice de procédure peut entacher la décision.

SAS et SASU : la liberté statutaire, source de pièges

La SAS est la forme juridique qui offre le plus de liberté. En vertu des articles L227-1 et suivants du Code de commerce, les statuts fixent librement les conditions dans lesquelles la société est dirigée et les décisions sont prises — y compris pour la modification de l’objet social.

Cette liberté est précieuse mais elle impose une lecture attentive des statuts avant toute démarche. Plusieurs situations se rencontrent en pratique :

  • Les statuts prévoient une décision collective des associés : une assemblée doit être convoquée, avec le quorum et la majorité prévus.
  • Les statuts attribuent la compétence à un organe spécifique (comité stratégique, associés représentant une certaine fraction du capital) : seul cet organe peut décider.
  • Les statuts sont silencieux : la compétence revient par défaut à la collectivité des associés, faute de règle légale supplétive fixant un seuil précis.

Pour la SASU, la décision appartient à l’associé unique. Elle doit être rédigée sous forme de procès-verbal et annexée au registre des décisions. Un modèle de PV adapté est disponible sur notre page dédiée. Pour comprendre comment la liberté statutaire se traduit concrètement dans cette forme, voyez notre analyse de qui décide du changement d’objet social en SAS.

💡 Conseil : Si vos statuts de SAS datent de plus de cinq ans ou ont été rédigés avec un modèle générique, il est fréquent que la clause sur les décisions collectives soit incomplète ou ambiguë. Faites-les relire avant de convoquer.

SA et SCI : des régimes différents mais tout aussi stricts

Pour la SA, l’article L225-96 du Code de commerce attribue à l’assemblée générale extraordinaire la compétence exclusive pour modifier les statuts. Le conseil d’administration, aussi puissant soit-il dans la gestion quotidienne, ne peut pas modifier les statuts. L’AGE statue à la majorité des deux tiers des voix des actionnaires présents ou représentés, sous réserve d’un quorum du quart des actions sur première convocation puis du cinquième sur deuxième convocation.

Pour la SCI, la règle de référence est l’article 1836 du Code civil : les statuts ne peuvent être modifiés qu’à l’unanimité des associés. Il s’agit d’une règle d’ordre public supplétif — les statuts peuvent y déroger et prévoir une majorité qualifiée, mais cette dérogation doit être expressément rédigée. En l’absence de clause, tout associé dispose d’un droit de blocage.

Cette unanimité en SCI est souvent sous-estimée. Elle signifie qu’un seul associé dissident peut empêcher le changement d’objet — par exemple, dans une SCI familiale où les intérêts divergent.

La même logique s’applique à la SNC : l’article L221-6 du Code de commerce impose l’unanimité des associés pour modifier les statuts, sauf clause contraire prévue par ceux-ci.


Une fois l’organe compétent réuni et la décision régulièrement prise, la procédure de changement d’objet social suit un chemin balisé : rédaction du procès-verbal, mise à jour de l’article « Objet » des statuts, publication d’une annonce légale dans un support habilité du département du siège, puis dépôt d’une inscription modificative au RCS via le guichet unique de l’INPI. La question de l’organe compétent est donc le point de départ — mais pas le seul point d’attention.

Conséquences d’une décision prise par le mauvais organe

Une modification d’objet social validée par un organe incompétent est juridiquement fragile. Plusieurs conséquences sont possibles :

  1. Refus du greffe : l’examinateur du guichet unique peut rejeter le dossier si le PV révèle une irrégularité manifeste (ex. signature du seul gérant sans décision des associés).
  2. Nullité de la modification : tout intéressé peut demander la nullité de l’acte modificatif si la décision n’a pas été prise par l’organe compétent.
  3. Responsabilité du dirigeant : agir en dehors de ses pouvoirs expose le dirigeant à des actions en responsabilité de la part des associés lésés.
  4. Invalidité des actes ultérieurs : si la société a conclu des contrats sous un objet social invalide, la sécurité juridique de ces actes peut être remise en question.

La régularisation est possible mais coûteuse en temps : il faut reprendre la procédure depuis le début, convoquer le bon organe, rédiger un nouveau PV, et republier une annonce légale. Nous décrivons pas à pas la marche à suivre dans notre guide pour régulariser un changement d’objet social mal fait.

Pour comprendre l’ensemble du coût de la démarche et éviter de payer deux fois, consultez notre article sur le coût du changement d’objet social.

⚠️ Activités réglementées : si votre nouvel objet social inclut une activité réglementée (transport, immobilier, formation professionnelle, etc.), l’obtention d’une autorisation, d’une carte professionnelle ou d’une qualification préalable peut être nécessaire avant — ou concomitamment — à la modification statutaire, selon la nature de l’activité concernée.

Ce que comprend la formalité complète

Une fois la décision prise par le bon organe, la formalité se déroule en quatre étapes :

  1. Rédaction du procès-verbal : il consigne la décision, la nouvelle rédaction de l’objet social et la délégation donnée au dirigeant pour accomplir les formalités. Consultez notre guide de la procédure complète pour structurer ce document.
  2. Mise à jour des statuts : l’article « Objet » est réécrit. Les nouvelles versions des statuts signés sont annexées au PV ou dressées en un seul acte.
  3. Annonce légale : une insertion dans un support habilité à recevoir les annonces légales du département du siège est obligatoire. L’attestation de parution est délivrée dès le lendemain de la publication.
  4. Dépôt au guichet unique INPI : le dossier complet (PV, statuts mis à jour, attestation de parution, formulaire) est déposé pour inscription modificative au RCS. Le Kbis est mis à jour et le code APE/NAF peut être réactualisé par l’INSEE.

À noter : le changement d’objet social ne modifie ni le numéro SIREN ni le SIRET de la société. Seul le libellé de l’activité et, le cas échéant, le code APE/NAF évoluent.

Un dernier réflexe utile pour Karim et tous les dirigeants dans sa situation : reliez toujours la question de l’organe à celle du calendrier d’activité. La nouvelle activité ne peut être facturée régulièrement qu’une fois la décision prise par le bon organe, les statuts mis à jour, l’annonce publiée et l’inscription modificative déposée. Anticiper la convocation de l’AGE — surtout en SCI ou en SNC où l’unanimité peut être requise — évite de se retrouver à exercer hors objet social en attendant un accord qui tarde.

Pour toute question sur votre situation particulière, et notamment si vous avez un doute sur la compétence de l’organe qui a déjà pris une décision, contactez-nous : notre équipe analyse votre dossier avant tout engagement.


Article rédigé par Marie Gattepaille, dirigeante de Legidesk.fr (formalités juridiques pour les professions réglementées). Dernière mise à jour : 22 juin 2026.

Marie Gattepaille
Supervise les dossiers du réseau · relu le 22.06.26
150 € HT
vérifié avant dépôt
Changer mon objet social